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L'Encyclopédie de Diderot et d'Alembert

Pour en savoir plus

L’Encyclopédie ou Dictionnaire raisonné des sciences et des arts par une société de gens de lettres

De Denis Diderot et Jean Le Rond d'Alembert

Paris : Briasson, David…, 1751-1772.

17 vol. de texte et 11 vol. de planches

[Salle d'étude in-folio 157 et in-folio 160

Le XVIIIe siècle ou siècle des Lumières

Tout au long du XVIIIe siècle se développent en Europe des idées nouvelles qui a travers la métaphore de la lumière évoquent le passage de l’obscurantisme à une pensée et une action libre, éclairée par la Raison.

Dans tous les domaines, en effet, qu’il s’agisse de la Monarchie absolue, des dogmes religieux, de la morale sociale, des sciences et de la littérature, les philosophes des  Lumières vont faire de la liberté « éclairante » et « rayonnante » le mot d’ordre et le principe de leur réflexion et de leur action. 

L’Encyclopédie, un grand projet éditorial

L’histoire débute en 1744 lorsque Gottfried Sellius (allemand), naturaliste et professeur de droit propose au libraire parisien Le Breton de traduire la Cyclopédia d’Ephraïm Chambers. Il a déjà un associé : John Mills. De cette collaboration relativement courte va tout de même aboutir la rédaction d’un prospectus annonçant à nouveau la traduction française de la Cylopédia d’Ephraïm Chambers.

Suite à l’échec de son premier partenariat, Le Breton souhaite poursuivre le projet. Il va donc se rapprocher d’autres libraires parisiens afin de pouvoir avancer dans son projet. Il s’adresse à Briasson, David et Durand. En 1747, messieurs Diderot et d’Alembert sont nommés co-directeurs de la publication. Un an plus tard, un nouveau privilège* est accordé.

Le projet peut démarrer : en 1751, paraît le premier volume. 

 

Un projet collectif, des exemplaires uniques

L’exemplaire de la bibliothèque de Chalon a été acheté à un libraire dijonnais, Victor Lagier,  au début du XIXème siècle. Il s’agit sans doute de l’édition de Paris car chaque lettrine débutant un nouveau chapitre possède en arrière fond la représentation d’une science ou d’un métier, lettrines caractéristiques de cette édition.

D’autre part, le volume 1 serait issu d’un second tirage ou d’un tirage ultérieur. L’erreur présente dans l’article Amour des Sciences et des Lettres est corrigée dans l’article et non dans l’erratum. 

Cet exemplaire ne possède pas dans le volume 1 le prospectus rédigé par Diderot. 

Planche représentant un atelier d'imprimeur et des caractères d'imprimerie

Une œuvre collective : éditeurs, libraires et contributeurs

L’Encyclopédie ne résulte pas du travail d’une seule personne mais bien d’une vaste entreprise collective.

Les éditeurs

Denis Diderot (1713-1784)* a occupé une place unique dans l’entreprise de l’Encyclopédie. A la fois collaborateur dans des domaines particuliers et éditeur de l’ensemble, du début à l’extrême fin de l’entreprise. Il choisit de sacrifier 25 ans de sa vie pour ce projet.

Jean Le Rond d’Alembert (1717-1783)*, mathématicien, physicien, philosophe. S’il n’a été coéditeur de l’Encyclopédie qu’entre 1747 et 1758, laissant Diderot  terminer l’ouvrage, l’entreprise a cependant joué un rôle central dans sa vie et son œuvre, et sa présence a été essentielle aux premiers succès de l’ouvrage.

Le Chevalier de Jaucourt (1704-1779)*. Personnage méconnu de l’Encyclopédie, il en a été pourtant le principal collaborateur en fournissant plus de 17 000 articles. Il a surtout porté la réalisation des derniers volumes en rédigeant plus de la moitié des articles.

Les libraires

André François Le Breton*, Antoine Claude Briasson*, Michel Antoine David*, Laurent Durand*. Chacun d’eux va jouer un rôle particulier dans la mise en place et la réalisation de ce projet.

Les contributeurs

Le terme contributeurs désigne les collaborateurs de l’Encyclopédie, c'est-à-dire « la société de gens de lettres » ayant contribué aux dix-sept volumes de texte et onze volumes de planches*. Ils ont été nombreux à participer à cette œuvre collective. Certains parlent de 150 contributeurs, d’autres 172, ou encore 180. 

Le projet a recours aux savoirs intellectuels de l’époque et parmi les plus célèbres, on peut citer : Rousseau, Daubenton, Voltaire, Jaucourt, Holbach, Montesquieu… tous issus de la bourgeoisie de l’Ancien régime.

L’Encyclopédie,  source d’innovation

Tout d’abord, par la classification des connaissances. Pour les éditeurs, le principal objectif  était de ne pas réunir de façon cumulative tout un ensemble de connaissances mais au contraire d’explorer le lien entre ces diverses connaissances. D’où l’idée d’organiser et de hiérarchiser les idées selon un « arbre des connaissances » : idée reprise du philosophe Francis Bacon (1561-1626). Ce système rattache l’ensemble des savoirs humains à l’exercice des trois facultés principales de l’entendement : la mémoire, la raison et l’imagination.  

Ensuite, par la mise en exergue des arts et métiers. Elle est présente à la fois dans les volumes de textes et dans les planches. Cette description va à l’encontre d’une idée ancienne qui affirmait la « supériorité » des arts libéraux sur les arts mécaniques. Apparaît donc cette fois-ci la volonté, dans ce grand projet éditorial, d’honorer les artistes.

Enfin, par la place de choix laissée aux illustrations. Utopiques mais techniquement réalistes, ces planches illustrent avant tout les processus de fabrication manufacturiers et artisanaux dans une volonté d’encourager le progrès et le développement des arts mécaniques et utiles. Réalisés avec une très grande précision, les plans de coupe et les élévations participent pleinement de cette fascination pour les arts et les sciences, propre aux concepteurs de ce monument du savoir du XVIIIe siècle.

Planche représentant une technique de tapisserie

L’Encyclopédie : un ouvrage censuré

A plusieurs reprises, cette œuvre doit faire face à la censure et cela dès la parution du prospectus en 1750. Si l’Encyclopédie est la cible d’attaques politiques ou religieuses c’est notamment à cause des contenus de ses articles, jugés dangereux envers l’Eglise et la morale chrétienne. Ces attaques entraînent des interdictions de publication et oblige les contributeurs dès le volume huit à poursuivre clandestinement leurs activités.

 

Un succès commercial sans précédent

En dépit des nombreux obstacles qui s’opposeront au bon déroulement du projet, l’Encyclopédie a été avant tout un projet éditorial sans précédent. Pendant 25 ans, il fait vivre 1 000 ouvriers et fait travailler environ 200 collaborateurs. Aucun projet éditorial n’avait connu un tel succès commercial.

 

* Vous pourrez trouver des explications et des informations sur les termes et les noms portant un astérisque, en allant sur les rubriques de Comprendre le patrimoine.