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Les Métamorphoses d'Ovide

Narcisse

Les Métamorphoses, recueil de poèmes écrits au Ier siècle de notre ère par le poète latin Ovide (43 av. J.-C.-17 ou 18 ap. J.-C.), constitue l’une des œuvres les plus significatives de la littérature de la Rome antique du siècle d’Auguste.

Composé comme un ensemble de fables, ce long récit dresse une galerie de transformations de dieux ou de héros, en bêtes, plantes ou autres éléments naturels.

On peut y reconnaître, ou découvrir, quelques-unes des grandes légendes de la mythologie grecque et romaine.

Dès l’Antiquité, et au Moyen Âge, l’œuvre connaît un grand engouement. Au cours des époques suivantes, Renaissance et Âge classique notamment, paraissent de nombreuses éditions illustrées des Métamorphoses, en latin ou traduites.

La Bibliothèque municipale de Chalon-sur-Saône recèle quelques-unes d’entre elles, dont l’une des éditions traduites par Pierre Du Ryer au XVIIe siècle.

 

Une édition traduite par Pierre Du Ryer

Pour en savoir plus

Exposition virtuelle de NuBis, bibliothèque numérique de la Sorbonne : Lire Les Métamorphoses d'Ovide

Podcasts à écouter de France Culture : Les Métamorphoses d'Ovide

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Fiche de lecture : SchoolMouv

Ovide

Les Métamorphoses d’Ovide en latin et en françois, divisées en XV livres. Avec de nouvelles explications historiques, morales et politiques sur toutes les fables, chacune selon son sujet.

Edition nouvelle, enrichie de très belles figures.

De la traduction de Mr Pierre Du Ryer parisien

À Bruxelles : François Foppens, marchand libraire et imprimeur au S. Esprit, 1677

[in-folio 466

Datée de 1677, l’édition présentée est une nouvelle édition de la traduction de Pierre Du Ryer (1605–1658), parue pour la première fois en 1655. Elle contient les 15 livres des Métamorphoses. Le texte se présente en deux colonnes, l’une pour la version latine (en italiques), la seconde pour la traduction française. L’ouvrage contient une Table des fables et des choses plus signalées contenues en ces métamorphoses d’Ovide (par ordre alphabétique), et le texte des Métamorphoses est suivi du Jugement de Pâris et de 20 épîtres d’Ovide.

L’imprimeur en est François Foppens, imprimeur bruxellois actif de 1637 à sa mort en 1686, auquel succéderont son fils François II puis son petit-fils François III jusqu’en 1781. La dédicace signée de Foppens, s’adresse « à Charles de Lorraine » [Charles-Thomas de Lorraine-Vaudémont (1670-1704)], âgé de huit ans et fils du « prince de Vaudemont », [Charles-Henri de Lorraine]. Il est d’ailleurs représenté dans un bandeau gravé, avec armoiries et de nombreux attributs rappelant la guerre et les arts.

Notre édition est encore une « édition nouvelle, enrichie de très belles figures », contenant 124 compositions en taille douce*. Ces gravures serviront également à illustrer une édition postérieure, de 1702. Chacune d’entre elles figure au début de chaque fable ou regroupement de fables, suivie de l’argument qui résume la ou les fables. Elles ont été gravées par un groupe de graveurs travaillant à Anvers : Frederick Bouttats Le Jeune* (1620 ?-1676), Martin Bouché* (1640-1693), Peter Paul Bouché* (1646- ?), et Peter Clouwet ou Clouet ou Clowet* (1629-1670). Effectuées d’après les dessins de Abraham van Diepenbeeck* (1596–1675) et Hendrick Abbé* (1639- ?), ces gravures seraient pour l’essentiel inspirées de celles composées par Crispin de Passe* au début du XVIIe siècle.

Les Métamorphoses : une œuvre monumentale, complexe et novatrice

Un long poème épique

PerséeLorsqu’il décide d’écrire Les Métamorphoses, Ovide veut faire une œuvre gigantesque et aussi célèbre que les épopées de ses modèles, Homère et Virgile. L’œuvre, sous la forme d’un long poème épique, comprend près de douze mille vers, soit deux cent quarante-six fables réparties en 15 livres.

Comme l'Énéide, les Métamorphoses se caractérisent par l’utilisation de l’hexamètre dactylique (l’équivalent de notre alexandrin). C’est la seule œuvre d’Ovide composée avec ce vers habituellement réservé à l’épopée.

Cependant, si la forme est épique, le contenu se présente comme une collection de récits courts, unifiés par le thème commun de la métamorphose. Les objectifs ne sont pas ceux de l’épopée : Ovide ne souhaite pas comme Virgile écrire un texte à la gloire d’Auguste ou à celle de Rome.

Un mode de réécriture 

Ovide choisit de mettre en scène des centaines de métamorphoses dont il puise l’origine dans les récits mythologiques, les récits épiques et les tragédies.

PerséeLe choix du sujet est sans doute lié à l’intérêt d’Ovide pour l’Art en tant que transformation - métamorphose - du réel. De là, la virtuosité dont il fait montre pour donner à voir, mais aussi à entendre, voire à humer et toucher ces métamorphoses.

Métamorphose vient du grec morphe (forme) et du préfixe méta (qui exprime un changement), désigne le passage d’un état à un autre et le résultat de la transformation. La métamorphose cache un sens allégorique.

Le terme implique en lui-même un mode de réécriture différent ; il est double : à la fois récit de transformation et récit transformé.

Le poète a métamorphosé l’épopée en un récit poétique unique et complexe. Pas de progression claire, une composition savante qui alterne grandes fresques et courts épisodes qui forment de vrais médaillons comme une mosaïque d’histoires.

Pour donner à cette matière hétérogène une certaine unité, Ovide, use parfois d’artifices, mais parvient par l’écriture à rendre vivant et à théâtraliser : le lecteur a l’impression d’assister aux étapes de la transformation.

Ovide veut donner une vision du monde

La démarche relève aussi d’une approche philosophique ou symbolique : les métamorphoses font partie du mouvement de la vie, de la nature ; et montrent que l’humain, le divin et la nature ne sont pas aussi éloignés qu’on le pense puisque le passage entre ces trois univers est permis. Elles illustrent aussi l’idée que rien n’est stable. Comme Pythagore (VIe siècle av. J.-C.), on peut penser que les âmes ne meurent pas mais que c’est leur enveloppe qui change.

Il ne s’agit pas de faire un catalogue des mythes gréco-romains ou de rassembler des histoires pittoresques mais bien de mener une réflexion sur l’homme et la vie et d’expliquer le monde.

Ovide veut faire une œuvre morale

Ovide participe toutefois au rétablissement des valeurs morales de la société romaine. Les récits contiennent souvent une morale et la métamorphose a cette fonction : les fautes commises entraînent des punitions qui empêchent les êtres fautifs de nuire à l’harmonie du monde. Quand il y a transgression des hommes voulant égaler les dieux, celle-ci est toujours punie par la métamorphose qui rappelle leurs travers.

Néanmoins, dans les Métamorphoses le thème érotique et les métamorphoses amoureuses sont aussi très présentes.

 

Le monde des Métamorphoses

Une galerie de personnages

Ovide ayant créé une nouvelle modalité narrative qui unifie l’ensemble de l’œuvre, le point commun entre tous ces récits est la métamorphose qui intervient comme une pause descriptive.

Ovide relate amours, haines et exploits des dieux et des hommes. NarcisseLes récits succèdent aux récits, s’emboîtent et sont portés par la voix de différents narrateurs (humains ou divins). Il y a toujours un personnage (divinité, humain, nymphe, héros) métamorphosé et une divinité qui provoque cette métamorphose. Les dieux et les mortels se transforment sous les yeux du lecteur.

Qui devient quoi ?

Bien des épisodes des Métamorphoses sont connus : la transformation de Io en génisse, l’enlèvement d’Europe par Jupiter transformé en taureau, le mythe de Narcisse changé en fleur et celui de la nymphe Écho changée en voix, etc.

La transformation minérale, végétale ou animale est toujours en rapport avec le motif du différend. Elle devient allégorie. Elle est utilisée aussi comme une explication : origine de certaines espèces animales ou végétales.

Les métamorphoses amoureuses, cruelles, ou parfois récompenses

apollon et DaphnéeLe thème de l’amour est un thème majeur des Métamorphoses. Elles relatent ainsi les amours du dieu Apollon et de Daphné, celles de Jupiter et Europe, celles de Médée et Jason, celles d’Orphée et Eurydice ou de Pygmalion et Galatée.

Personne n’échappe à la loi de l’amour : les dieux se métamorphosent pour séduire les femmes ; les dieux des Enfers y sont soumis aussi.

Les transformations sont souvent aussi des châtiments. Les figures sont non seulement des exemples d’impiété mais illustrent également le tragique de la condition humaine. Arachnée se vante d’être la meilleure tisseuse, provoque la jalousie de Minerve, et la voilà devenue araignée ! Narcisse ou Écho sont transformés pour s’être trop aimés eux-mêmes, etc.

Parfois, la métamorphose peut être une récompense par le biais du retour ou du passage à la forme humaine. Ainsi celui du minéral à l’humain dans le cas de la statue de Pygmalion.

Postérité

Les Métamorphoses connaîtront un grand engouement. L’œuvre est complexe et présente un foisonnement qui en fait sa richesse et explique pourquoi elle a inspiré de nombreux artistes de l’Antiquité jusqu’à nos jours. Par là aussi, elle est un “grand modèle”, avec ses résurgences jusqu’à l’époque actuelle.

Le retour à la morale

Ovide est né dans une époque troublée, marquée par la fin des guerres civiles et par l’avènement de l’Empire. Il faut attendre vingt ans pour que la paix et qu’un ordre nouveau soient rétablis.

Buste d'AugusteAuguste a beaucoup œuvré dans le développement des arts et notamment celui de la littérature, en soutenant de nombreux poètes. Les artistes à cette époque vivent de la générosité de protecteurs. Ainsi Mécène, ami et conseiller d’Auguste, qui réunit un cercle de poètes, Properce, Horace et Virgile ayant contribué à propager l’idée d’un renouveau s’appuyant sur le retour à la morale, avec la volonté de restaurer l’ancienne religion romaine. Les écrivains protégés chantent la paix revenue, la gloire de l’empereur et de leur nation héritière des civilisations antérieures.

Artiste mondain, sensible et spirituel, Ovide garde cependant ses distances avec le cercle de Mécène.

Des mythes pour comprendre

La littérature est également marquée par l’influence de la Grèce : la société cultivée est imprégnée d’hellénisme. L’alexandrinisme, courant littéraire grec, remporte un vif succès et influe sur Ovide : plaisir de l’érudition, des périphrases savantes, des belles formes, de la mise en tableau, goût très vif de l’ingéniosité.

Les légendes mythologiques visent à distraire un public cultivé et raffiné et permettent aussi de réfléchir aux mystères du monde. Ce Ier siècle est marqué par des œuvres majeures de la littérature latine comme L'Énéide de Virgile qui s’inspire des mythes hellénistiques pour créer un poème fondateur dans la culture romaine en donnant à Rome et à la famille d’Auguste, un passé mythique. L’Énéide applique à une épopée nationale latine les codes et les motifs de l’épopée homérique. Cette réécriture de la matière grecque est omniprésente chez Ovide qui s’inspire de l’Iliade, de l’Odyssée mais aussi de la Théogonie d’Hésiode.

Le renouveau du pythagorisme

La philosophie pythagoricienne classe les êtres depuis la plante jusqu’au dieu. Le néopythagorisme, qui évoque la réincarnation des âmes après la mort, est très influent dans la haute société romaine et donne aussi une certaine actualité à la doctrine du transformisme. Les contemporains croient que le monde est en mouvement et que rien n’est immuable. Ils sont fortement influencés par les philosophes grecs comme Héraclite et Pythagore. Ovide, bien qu’il ait été en contact avec le pythagorisme, ne le fait intervenir qu’à son dernier chant des Métamorphoses.

Portrait d'OvideLe poète des temps nouveaux

Ovide (43 av. J.-C.-17 ou 18 ap. J.-C.), en latin Publius Ovidius Naso, est issu d’une famille aisée appartenant à l’ordre équestre. Il naît un an après l’assassinat de Jules César, puis est adolescent quand Auguste s’empare du pouvoir pour transformer la République en Empire, et meurt trois ans après la mort de ce premier empereur.

D’abord formé à la rhétorique classique comme tout bon jeune Romain, son père lui permet ensuite d’aller à Athènes, en Sicile et en Asie mineure, voyage qui le marquera et exercera une influence sur ses œuvres, notamment Les Métamorphoses. Destiné à une carrière d’avocat et d’homme politique, il y renonce pour se consacrer entièrement à l’écriture, sa véritable vocation. Il est le poète des temps nouveaux, ceux de la Paix Romaine après tant d’années de guerres civiles.

À l’automne de l’an 8 ap. J.-C., au sommet du succès, sur un simple édit d’Auguste, afin d’éviter tout débat judiciaire et de ne pas ébruiter l’affaire, Ovide est relégué en Scythie mineure, sur les bords du Pont-Euxin (aujourd’hui la mer Noire), à Tomis (aujourd’hui Constanza, Roumanie actuelle). Diverses hypothèses ont été émises sur les motifs de cette relégation. Son poème, L’Art d’aimer lui aurait valu la sévérité de l’empereur au moment où celui-ci se faisait le restaurateur de la moralité. Surtout Ovide aurait pratiqué l’art divinatoire des astrologues et mathématiciens adeptes du néopythagorisme. Or, la divination était illégale, elle usurpait une des prérogatives essentielles de l’empereur. La culpabilité d’Ovide aurait pu être aggravée du fait qu’une séance pratiquée dans sa propre maison, aurait concerné l’éventualité de la mort d’Auguste et aurait donc été attentatoire à sa puissance.

C’est donc à Tomis qu’il passa les dix dernières années de sa vie et où il écrivit ses ultimes vers, les Tristes et les Pontiques, poésies qui contiennent l’expression de sa nostalgie, sa douleur et sa détresse d’exilé.

Une œuvre pour un public érudit

Ovide se distingue par son goût pour le thème érotique. Il inaugure ainsi sa carrière littéraire à vingt-quatre ans et se tourne vers l’élégie avec les Amours (19 av. J.-C.) Ce recueil de poésie lyrique amoureuse se présente comme une sorte de roman d’amour autour d’une certaine Corinne.

Après les Amours, il connaît la célébrité grâce à trois autres recueils de poèmes :

  • les Héroïdes : lettres fictives en vers relatant les aventures des belles délaissées de la mythologie (Pénélope, Ariane…) ;
  • l’Art d’aimer : poésie didactique sur la théorie de la séduction ;
  • les Remèdes à l’amour : poésie didactique expliquant comment éviter les méfaits de l’amour.

Mais la veine érotique s’essouffle. Dans un poème astronomique, les Phénomènes, il décrit la marche des astres sur le firmament. Et à partir de 3 ap. J.-C. il s’applique à un calendrier national, les Fastes, poésie didactique où il parcourt, mois par mois, le cycle annuel des fêtes religieuses romaines.

Il abandonne la poésie érotique pour écrire Les Métamorphoses, poésie épique, dont la composition s’étale entre 2 et 8 ap. J.-C. et elles ne sont pas totalement terminées quand il est exilé à Tomis où il achève son œuvre autour de l’an 9 ou 10.

À la poésie d’Ovide est attachée une réputation d’aimable légèreté un peu superficielle. Il faudrait cependant plus parler d’absence de gravité plutôt que de manque de profondeur.

Ovide incarne autant que Virgile la figure du poète savant. Sous l’apparence d’un badinage grivois, il sollicite la double culture littéraire grecque et latine d’un public érudit.

Portrait de Pierre du RyerHistoriographe, traducteur, écrivain et auteur dramatique élu à l’Académie française en 1646, il est né d’une famille aristocrate modeste. Son père, Isaac Du Ryer (1568-1634), poète français, publia des pastorales et autres pièces.

Secrétaire de César de Vendôme, (fils illégitime d’Henri IV et de Gabrielle d’Estrées), il obtint ensuite une charge d’historiographe de France, peu lucrative, ce qui l’obligea à travailler à bas prix pour des libraires.

Il appartient à la génération des Modernes qui fait ses débuts en 1628-1629 et qui revendique une liberté de composition dramatique et en même temps une soumission aux principes linguistiques et stylistiques de Malherbe.

Il se fait connaître dès 1628 comme “poète dramatique”, enchaînant des tragi-comédies romanesques et échevelées, son Cléomédon (1635) pouvant être considéré comme l’un des fleurons du genre. On a de lui une vingtaine de pièces de théâtre. Après les tragi-comédies du début, comme tous les auteurs de cette génération, il se tourna vers la tragédie régulière, donnant l’un de ses chefs-d’œuvre, Alcionée, la même année que Le Cid (1637, publ. 1639). Il alterne tragédies à sujet historique (notamment Scévole, créée par la première troupe de Molière, l’Illustre Théâtre, en 1644 et considérée comme sa meilleure pièce), et tragédies à sujet biblique avant de se tourner vers des sujets librement inspirés de l’Orient antique renouant ainsi avec le genre de la tragi-comédie.

Dès 1634, il se met à traduire les œuvres des grands écrivains antiques (latins ou grecs). De ses traductions, la plus estimée est celle de Cicéron, qui est originale et presque complète. Pour les autres, il ne se donna pas la peine de recourir aux originaux, et se contenta de reprendre de vieilles traductions. Il traita ainsi Ovide.