Un livre, un mois - Archives
La croûte. Ecrit par Charlotte Moundlic. Illustré par Olivier Tallec. Père Castor. 2009
Le sujet est rare et la manière de l’aborder délicate. La première page nous plonge directement dans le cœur du sujet… « Maman est morte ce matin. Ce n’était pas vraiment ce matin, papa a dit que c’était pendant la nuit, mais moi, je dormais pendant la nuit, alors ça ne change rien. Pour moi, elle est morte ce matin ».Le petit garçon devra supporter la douleur de son papa et accepter que la sienne sorte. Mais avant la douleur vient la colère envers cette mère qui a osé l'abandonner (« avant la fin du troisième trimestre ») avec un papa qui risque de ne même pas savoir beurrer correctement ses tartines.
Le dessin d’Olivier Tallec est splendide et simple. Le rouge de l'amour et de la colère omniprésent,
rappelle aussi le sang qui s'échappe de la blessure au genou du petit garçon.
A la lecture de cet album écrit avec justesse, intelligence et poésie, les émotions se succèdent. On se prend à sourire, puis le cœur se serre, la gorge se noue et les yeux picotent. Et tout s’apaise, grâce à la grand-mère du petit garçon, qui va lui expliquer la mort de façon très douce. Parce que la vie continue…et comme l'écorchure qui fait une croûte puis devient une cicatrice, les mauvais souvenirs s'effacent. Reste une présence – ou une absence – qui fait de moins en moins mal.
Le mec de la tombe dà côté- Katarina Mazetti. - éd. Gaïa. - 2010
C’est une romance drôle et improbable entre une jeune femme des villes, Désirée l'intello, bibliothécaire, et Benny fermier qui vit à la campagne, en Suède. Ils se croisent régulièrement, sans se connaître, sur le banc d’un cimetière. Elle, a perdu son mari, mais ne le pleure pas. Elle voit en Benny un homme bizarre, affublé d’une casquette à oreillettes qui bine, plante, arrose tout autour du monument et, en plus, traîne derrière lui une drôle d’odeur.
Lui, a perdu sa mère et ne sait plus comment s’en sortir pour gérer la ferme. Il se demande qui est cette femme qui vient sans même entretenir sa tombe. Son teint, ses vêtements sont délavés, elle est maigrichonne, on dirait une crevette. Chacun s’observe du coin de l’œil avant de se découvrir et c’est le coup de foudre !
Avec un style rapide et plein d’humour, l’auteur donne la parole tour à tour aux protagonistes où chacun y va de ses doutes et de ses convictions personnelles face à leurs différences et à leur hypothétique avenir.
La suite est également dans nos rayons : Le caveau de famille. - Katarina Mazetti. - éd. Gaïa. - 2011
Laffiche, miroir de lHistoire, miroir de la vie, Paris, édition Paragon, 2002 de Max GALLO.
Dans ce livre, le lecteur est invité à découvrir l’affiche non pas comme objet en tant que telle mais comme le reflet de la société dans laquelle il vit. Que ce soit l’affiche publicitaire ou l’affiche politique, ce support permet d’apercevoir les idéologies qui prédominent dans la société.
Grace à un grand nombre d’illustrations, Max Gallo, tente de montrer comment l’affiche est le reflet de la société. Tous les styles sont représentés, des affiches de la Belle Epoque, des affiches de propagande de l’Entre-deux-guerres, ou encore les affiches publicitaires des années 2000.
L’auteur nous offre ainsi une relecture de l’histoire du XIXe et du XXe siècle par le prisme de l’affiche. Les événements majeurs et les aspects sociaux de ces périodes de l’histoire contemporaine sont représentés par des affiches de tous les pays.
Colette. Lettres à sa fille : 1916-1953, réunies, présentées et annotées par Anne de Jouvenel. - Paris : Gallimard, 2003.
Vingt ans après la mort de sa tante (Colette de Jouvenel, fille de Colette), Anne de Jouvenel se décide à faire éditer la correspondance croisée de Colette et sa fille dont elle reçut mission de publier ces lettres « le plus tard possible ».
Cette correspondance qui rassemble quelque 650 pièces, dévoile des aspects peu connus de Colette et permet de faire revivre la « petite Colette », surnommée aussi Bel-Gazou, fille d’une mère dont il était difficile de se différencier.
Les lettres couvrent trente-sept années, de septembre 1916 (la petite Colette a trois ans) à juillet 1953 (un an avant le décès maternel). Les lettres de Colette sont plus nombreuses que celles de sa fille car celle-ci a tout conservé, contrairement à sa mère. Un encart central présente des photographies de Bel-Gazou à tous les âges de la vie.
La préface d’Anne de Jouvenel éclaire l’échange épistolaire et traduit le lien singulier unissant l’écrivain et celle qui, répondant à la question « Qu’est-ce que cela représente d’avoir une mère si célèbre ? » avouait : « Il faut toute une vie pour s’en remettre. »
La Colette distante et rare des premières années ne sait pas toujours exprimer son affection en réponse aux nombreux billets d’enfant, véritables cris d’amour et de solitude. Au fil des ans, les liens se resserrent ; la spontanéité de Colette apparaît mais l’échange reste d’une très grande pudeur. L’amour filial se manifeste particulièrement pendant la guerre, par l’envoi de colis alimentaires dont la mère accuse réception à Paris. Juste retour des choses, les dernières lettres de Colette devenue vieille, sont des appels aux nouvelles, jusqu’à celle qui clôt le recueil par ces mots « Tu m’écris ? ».
A lire pour ce portrait dévoilé d’une Colette maternelle regrettant d’avoir eu sa fille à quarante ans et qui avoue « j’assiste à toi de si loin ».
A lire aussi pour la vivacité, l’humour et parfois la gravité du style épistolaire.
Disponible à la bibliothèque des adultes.
Lecture à compléter au cours de l’été par une visite du Musée Colette à Saint-Sauveur-en-Puysaye, pays natal de l’écrivain !
Le cercle et la flèche, livre 2/Patrick Ness. Paris : Gallimard jeunesse, 2010. (Le Chaos en marche).
Au commencement, les communautés de l’Ancien monde venues s’installer sur une nouvelle planète furent désorientées par cette surprise du Bruit, le bruit que font les pensées des hommes résonnant comme des voix et accessibles à tous. Ce bruit à l’origine de l’extinction des femmes à Prentissville car non affectées par ce trouble et estimées dangereuses par Maire Prentiss. Cette même ville, que Todd Hewitt, treize ans, a dû fuir pour éviter de devenir un assassin comme eux. Sa rencontre avec Viola dans les marais est salutaire. Elle vient du ciel et des étoiles, son vaisseau éclaireur s’est écrasé au cours d’une mission de reconnaissance. Lui est né au sein d’une société violente qui a détruit les femmes, dont sa mère, et a déclenché une guerre contre les Spackle vivant sur Nouveau monde. Ils n’auront pas d’autre but que d’échapper à l’armée de Maire Prentiss qui déferle sur les villages et ravage tout sur son passage jusqu’à Heaven.
Mais cette fuite en avant, n’est qu’une échappatoire de courte durée car rattrapés par l’armée, les voici pris au piège d’une ville tombée aux mains du tyran appelé dorénavant President Prentiss. Les habitants de Heaven vivent alors en harmonie, hommes et femmes réunis et Spackle à leur service. Mais ce temps révolu laisse place à la discorde puis au chaos. Todd et Viola, séparés par leurs nouvelles fonctions prennent des directions opposées, mais pensant toujours l’un à l’autre comme une obsession. Le premier est manipulé par President Prenstiss au point qu’il commette l’impensable comme parquer les Spackle, les marqués ainsi des bêtes –viendra le tour des femmes- et découvrir leur massacre. Au bout du compte, Todd ne sera plus que l’ombre de lui-même devenu insensible à la souffrance des siens tel un bourreau. La seconde est employée comme apprentie guérisseuse au sein d’une maison de soins chapeautée par Mrs Coyle ; avec le temps elle deviendra une combattante aguerrie aux techniques du pistage, des bases de l’infiltration, des communications gestuelles, des manœuvres en nocturne. Todd et Viola sont au service de deux fanatiques reproduisant à l’identique les méfaits commis par les générations antérieures occupant l’Ancien Monde. Une lutte de pouvoir s’engage entre Mrs Coyle et President Prentiss. Ce dernier assoit son autorité à l’aide de coups montés, en espionnant, en piégeant, en emprisonnant, en torturant, en divisant pour mieux régner. Mrs Coyle, quant à elle et son groupe entrés en résistance, agissent comme des terroristes, sabotant les infrastructures de la ville et exposant les habitants à davantage de cruauté.
« Nous sommes nos propres choix » clame Mrs Wyatt avant d’aider Viola a rejoindre la résistance. Aussi que va-t-il advenir de nos deux jeunes héros, Viola et Todd, privés l’un de l’autre mais dont les pensées et les actions sont tendues vers les mêmes espérances. Vont-ils enfin se découvrir à eux-mêmes, se retrouver et pour cela jusqu’où sont-ils capables d’aller, quels sacrifices sont-ils disposés à faire ? Cette aventure est comme pour le premier tome trépidant et plein de rebondissements. Au fil des pages, nous sommes comme suspendus au déroulement de l’histoire de ce roman ; celle-ci nous interpelle et nous renvoie à des épisodes douloureux du passé de l’humanité. Elle révèle la complexité des personnages et le suspens dû aux nombreux retournements de situation.
JOUEURS DE NATURE - 45 jeux traditionnels en land art
MARC POUYET
PLUME DE CAROTTE, 2010
Un beau livre pour découvrir une nouvelle approche du Land Art cette tendance de l’art contemporain d’utiliser le cadre et les matériaux de la nature pour réaliser une œuvre d’art le plus souvent éphémère.
L’auteur Marc Pouyet explore par cette technique le monde des jeux traditionnels comme le labyrinthe, le morpion, la marelle mais également des jeux pratiqués dans de nombreux pays comme le nimbi, le sega, le yote, les dames chinoises…
Le résultat conjugue un magnifique livre d’art à feuilleter simplement pour le plaisir des yeux et un livre de jeux à fabriquer soi-même pour retrouver le goût de jouer ensemble dans la nature.
Zik : ya pas photo, de Maryvonne Rippert, chez Milan dans la collection Macadam
Dans le Paris d’aujourd’hui - les tchatts, le Vélib, le journal de Jean-Pierre Pernaut - une pluie de coups de fil s’abat sur Zik le matin de son anniversaire. Difficilement, la journée commence…
Amos est sur le départ, il faut trouver une solution pour qu’il ne déménage pas au Canada, Zik s’aventure dans une étrange séance de photos avec un professionnel de la publicité, mamie Paulette révèle les dessous de l’affaire des Barbie. Et puis, comment présenter David à toute la bande alors qu’il n’a pas leur faveur ? Et Olivia semble ressurgir du passé au détour d’une expo-photo…
4 auteurs déroulent le fil de 4 ados, Violette, Zik, Amos et Satya, 2 filles, 2 garçons dont les aventures se croisent et s’entrecroisent. La série des Blue Cerises, se sont 4 auteurs, chacun déroulant le fil d’un des personnages. Une série dont les saisons se lisent dans l’ordre que l’on veut, des petits romans hyperréalistes dont on ne fait qu’une bouchée.
En filigrane de chaque histoire apparaît un lourd secret, scellé par un pacte d’amitié : « En cet été de nos 14 ans, en ce jour de vacances, nous enterrons notre enfance (…) Désormais, comme les gouttes qui font l’eau de cette rivière, tous les quatre, nous sommes soudés. »
Quand l'innocence de l'enfance s'évapore, ces histoires contemporaines, souvent empreintes de gravité, s'adressent aux grands ados.
Poèmes à la lune
Illustré par Gianni de Conno
Dans la froideur de l’hiver, cet ouvrage ne peut que raviver nos visages et adoucir nos sentiments. Ce recueil de poésies pour les plus jeunes autour du thème de la lune est envoûtant. En effet, il l’est par ses magnifiques illustrations en demi-teintes et ses textes courts et divers.
Une double page illustre ces poèmes de différents auteurs tels que Federico Garcia Lorca, Fernando Pessoa…Certains proviennent du Cambodge ou encore de tribus indiennes. La lune guide, intrigue, se dévoile au fil de ses quartiers. Elle nous suit, nous accompagne pour le plus grand bonheur de nos enfants. Alors, lisons ou écoutons ces délicieux poèmes qui lui rendent hommage.
GUNNM de Yukito Kishiro
La terre, dans un futur indéterminé. Suite à cataclysme ancien, la surface de la planète a été ravagée, les humains se répartissent en deux catégories : ceux qui vivent sur Zalem, cité idéalisée suspendue dans les air et dominant le monde, et ceux qui vivent à Kuzutetsu, véritable décharge géante, où les déchets de la première sont déversés en permanence…
A la recherche de pièces détachées, le réparateur de Cyborgs Daisuke Ido parcourt Kuzutetsu et repère les restes d’un robot de plus de 200 ans : il s’agit du tronc et de la tête d’une jeune fille dont le cerveau humain est en hibernation, que son découvreur prénommera « Gally ».
Qui est Gally ? D’où vient t’elle ? Où a-t-elle appris le « Panzer Kunst », premier art martial pour robots humanoïdes ?
Ce manga créé en 1990 relate l’histoire d’une dangereuse jeune fille aux allures de poupée, dans un univers cyberpunk inédit dans ce type de publication, aux références occidentales très marquées, à l’imagination scientifique sans limite. A la recherche de son passé, l’attachante héroïne entreprend un véritable parcours initiatique, durant lequel chaque voyage, chaque combat, chaque rencontre révèle une part de son humanité. A la fois conte philosophique, épopée, œuvre d’anticipation et récit d’action hyper rythmé, Gunnm a ouvert une voie sans trouver de concurrent direct. La série fait 9 volumes et fait l’objet d’une suite en cours de publication en France, Gunnm Last Order, qui prolonge le plaisir… et va encore plus loin !
La huitième vibration
LUCARELLI, Carlo / La huitième vibration.- Editions Métailié, 2010
C’est dans un puissant récit à plusieurs facettes, à la fois roman policier, d’amour et d’aventures, que nous entraîne Carlo Lucarelli.
En 1896, dans le petit port érythréen de Massaouah, colonie italienne au bord de la Mer Rouge, évolue une pléiade de personnages « hétéroclites », reflet d’une toute jeune nation qui n’a pas encore surmonté ses particularismes. Tous, officiers, simples soldats ou civils, Siciliens, Piémontais, Sardes, Toscans ou Vénitiens, se retrouvent sur cette brûlante terre africaine pour des raisons différentes : exaltation de l’idée nationale, vocation « civilisatrice » pour les uns, appât du gain pour d’autres, mesure disciplinaire pour l’anarchiste Pasolini, ou encore pour le brigadier Serra, la recherche d’un assassin.
Dans cette atmosphère délétère où se mêlent amour, mort et perversions, cette société, emportée par le vent de l’Histoire, survivra jusqu’à la fin tragique du rêve impérial…
Né à Parme en 1960, l’auteur, journaliste et écrivain, a publié de nombreux romans noirs, des scénarios de bandes dessinées ainsi que des pièces de théâtre.
Le silence est ma joie / Charlotte Jousseaume
Le silence est ma joie / Charlotte Jousseaume
Editions Albin Michel, 2010
Le « Chêne de Mambré » est le nom de la propriété normande où vient se réfugier Marguerite après la mort accidentelle de son mari en montagne. Le corps n’a pas été retrouvé.
Après une longue traversée dépressive, éperdue de souffrance, brisée, elle adresse six lettres à ses amis, son mari, sa famille, exprimant avec une vive attention la valeur précieuse et unique de chacun d’eux. Des notes entre ombre et lumière.
Dans la solitude de sa maison près de la mer, dans le regard vigilant à tout ce qui l’entoure, présences amicales, paysages, animaux, vagues, vent, Marguerite devient écoute, vivant du silence de l’âme qui intériorise et rassemble.
Ce silence ici n’est pas le vide, c’est une promesse de renaissance.
Marguerite entre en solitude pour ne plus offrir de résistance. Peu à peu arrive le bruissement d’une espérance, l’abandon confiant, la tendresse. Du secret de son cœur surgira la foi dans la vie, l’émerveillement dans les petites choses du quotidien.
Lumineuse lecture, profonde et sereine, un chemin spirituel consumant et transformant. Le texte de Charlotte Jousseaume (qui signe là son premier roman), est d’une grande sensibilité, invitant à la paix intérieure.
Disponible en section adultes de la bibliothèque municipale
La baleine échouée d' Oscar Collazos aux éditions Seuil/Métailié
Un matin, en s’éveillant d’un mauvais rêve, Sebastian découvre qu’une baleine s’est échouée sur la plage du petit port de pêche colombien où il vit. Son inquiétude pour l’animal se transforme peu à peu en détermination pour le sauver :
« A mesure que le temps passait, la décision de l’enfant se renforçait. Au début,
il avait eu de la peine pour la bête. De la peine et de la tristesse. Peu à peu, il avait pris conscience de la nécessité de faire quelque chose, il ne savait pas comment, mais il fallait faire quelque chose. Quand il avait imaginé le spectacle macabre de ceux qui viendraient attaquer à coups de hache et de harpon le cétacé sans défense, il avait décidé de l’empêcher de toutes ses forces, de toutes ses faibles forces. »
Pour faire face à ceux qui veulent dépecer la baleine, Sebastian trouvera des alliés inattendus : la vieille Eudosia qui passe pour une sorcière car elle sait forcer les méchants à reculer et parler avec ses amis par télépathie ; Ondina, mademoiselle-je-sais-tout, qui avait pourtant l’air de mépriser le garçon.
Un texte plein de charme et de poésie qui parle avec simplicité de ces animaux mythiques que sont les baleines et qui ravira les jeunes comme les adultes. A travers les yeux et l’innocence d’un enfant, le lecteur est amené à réfléchir sur le rapport que les hommes ont avec les animaux. Entre la sagesse et la cupidité, quelle voie choisiront les habitants ?
"Les Vieilles" de Pascale Gauthier
« Les Vieilles » de Pascale GAUTIER
Aux éditions Joëlle Losfeld, collection Littérature française
La dédicace donne le ton : « A ma vieille » et le roman prend en effet le contre-pied des idées reçues sur la vieillesse avec humour et une vraie liberté de ton.
Toutes ont atterri dans la ville du Trou alléchées par le ciel toujours bleu…
« Là, installées sur des bancs, des cohortes d’antiques, des brochettes de permanentes bleues […] telles étaient-elles toutes en train de parler de leur tension, de leur cœur, de leur cataracte, des soins qui n’étaient jamais assez bien faits, des médecins qui n’étaient jamais assez attentifs, de tout cela qui, avant, ne se produisait pas, parce qu’avant, bien sûr, avant était l’âge merveilleux de leur jeunesse d’or. »
Les chapitres s’enchaînent sur une galerie de portraits irrésistibles, cocasses ou poignants de vieilles dames qui côtoient à longueur de journée d’autres vieilles dames sans mari, aux enfants lointains ou affligeants voire tyrannisés par leur mère au seuil de la vieillesse…
L’une ronfle vaillamment devant sa télé le son mis à fond, bercée par les petits verres de porto, l’autre se réjouit consciencieusement au rythme de ses prières, une autre se fait la belle tous les matins à moitié aveugle au volant de sa voiture, son dernier plaisir, une autre enchaîne les condoléances …et les parties de jambes en l’air au crématorium dans les bras d’un étrange jeune homme (le seul de la ville !).
« On dirait des cigales qui, dans le bois, sur un arbre, font entendre leur voix charmante. »
Heureusement, leur petit traintrain se trouve fort bousculé un beau matin !
Les îles dans le ciel : le peuple du cygne / Sylvie Denis ; Paris : Mango jeunesse, 2008. (Autres mondes, 50)
Cléo et Rhil ainsi que tous les peuples « des îles dans le ciel » descendent des dix mille passagers partis, il y a bien longtemps, à bord de « l'Espoir-d'Acapulco », à la recherche de Néo Brasil. Ils échouèrent dans une région inconnue de la galaxie à des années-lumière de leur destination d'origine. Cela dit, les points de ressemblance entre eux s'arrêtent là, car à l'issue de leur installation sur des nuages composés de vapeurs d'eau et de mousse, leurs destins prirent des voies différentes.
Silmon et Cléo ne cachent pas leur inquiétude quand ils découvrent dans la grotte bleue les traces d'un feu de camp récent. Tout le monde sait combien la mousse est fragile et que son dessèchement conduirait à la destruction de leur nuage en forme de Cygne. Le village de Haumes s'apprête à accueillir le peuple du Coquillage comme le veut la coutume. Les ancêtres pensaient que la vie sur des îles célestes en proie aux courants aériens pouvait éloigner les peuples les uns des autres. Aussi décidèrent-ils de créer des moments de fête à chaque rencontre entre les nuages. Mais les préparatifs sont contrariés par ces traces de feu et leur rencontre avec le jeune Rhil. Tandis que Cléo rêve de devenir « Messager » et d'accomplir de longs voyages d'île en île, Rhil dépourvu d'avenir, fuit la Perle Noire.
Comment croire que la vie sur la Perle soit si différente de la leur ? Qu'il existe une société où les pauvres - mais c'est quoi les pauvres demande Cléo ? - sont maintenus dans les taudis, à l'intérieur des nuages, travaillant péniblement sans jamais voir le bleu du ciel ? Et pourquoi Jarak, le cruel capitaine des gardes de la Perle Noire, poursuit-il Rhil avec autant d'acharnement ?
Les villageois sont désarmés devant tant d'insistance à réclamer la tête de Rhil. Quel va être le parti pris des habitants de Haumes ?
Peut-être sont-ils prêts à en accepter les conséquences...
Disponible à la Bibliothèque Jeunesse. A partir de 13 ans ; tout lecteur.
ALGERIE : Soyez les bienvenus ! : voyages de la Méditerranée au Sahara
ALGERIE : Soyez les bienvenus ! : voyages de la Méditerranée au Sahara
de Claire et Reno MARCA
Avec la participation de Maïssa BEY
AUBANEL, 2008
L’Algérie est un pays dont on a beaucoup parlé mais le connaît-on vraiment ?
Claire et Reno Marca nous offrent un très beau récit de voyage ponctué de nombreuses photographies et aquarelles exceptionnelles. Croquis pris sur le vif, ambiance de rue, portraits d’habitants, paysages arides ou fêtes populaires, la magie opère à chaque page.
L’ouvrage se déguste et le pays se dévoile à travers un récit vivant fait de rencontres avec les hommes et les paysages.
On se prend à aimer cette Algérie à l’histoire tumultueuse en dépit des évènements tragiques de ces toutes dernières années.
Accueilli par cette jolie phrase de Boualem Sansal : « Nous n’avions ni fil d’Ariane ni cailloux du Petit Poucet, l’amitié nous a guidés » le lecteur peut partir à l’aventure. Ce fil conducteur le guidera tout au long du livre pour s’achever par ces derniers mots écrits au-dessus du comptoir d’un pâtissier de Tlemcen : « Notre coin est doux, pour être heureux, venez chez nous ».
Dina Vierny.- Histoire de ma vie racontée à Alain Jaubert.
Dina Vierny.- Histoire de ma vie racontée à Alain Jaubert.
Gallimard, 2009. (Témoins de l’art)
Le musée Maillol, situé rue de Grenelle dans le 7e arrondissement de Paris, a été inauguré en 1995 grâce à la détermination et l’énergie de Dina Vierny qui fut la muse du célèbre sculpteur
Aristide Maillol (1861-1944). Dans un livre d’entretiens accordés à Alain Jaubert entre 1999 et 2009, elle retrace sa vie depuis la Moldavie où elle est née en 1919.
Réfugiée à Paris en 1925 avec ses parents, bourgeois cultivés qui ont quitté l’U.R.S.S. de Staline (son père est socialiste menchevik), elle connaît l’avant-garde intellectuelle et artistique de l’époque mais aussi l’ambiance plus populaire des cabarets russes. Le chant et la musique garderont une place importante dans sa vie. Adolescente sous le Front populaire (« une époque incroyable, merveilleuse ») elle chantera beaucoup, dans des chorales, des cabarets et dans le groupe « Octobre » de Jacques Prévert.
En 1934 elle fait la connaissance de Maillol et devient son modèle privilégié pour ses sculptures monumentales, mais aussi pour des dessins et peintures. C’est pour elle une rencontre décisive. Pendant la guerre, elle le rejoint à Banyuls. C’est là qu’il peindra « Dina à la robe rouge » en hommage à son action de résistante. Elle posera aussi pour d’autres peintres amis de Maillol, comme Matisse, Bonnard ou Dufy.
Leur collaboration durera jusqu’à la mort accidentelle de Maillol en 1944. Elle sera dépositaire des droits moraux de l’œuvre de l’artiste et plus tard héritière de la famille.
Collectionneuse dans l’âme depuis toujours, elle ouvre sa galerie d’art en 1947.
En 1964, elle fait don à l’Etat des œuvres monumentales de Maillol qui seront installées en plein air dans le jardin des Tuileries à l’initiative d’André Malraux.
En 1995, après de longues années d’efforts et de combats, la Fondation Dina Vierny-Musée Maillol a pu voir le jour. On peut y admirer aussi des Rodin, Matisse ou Kandinsky. Actuellement est présentée l’exposition « C’est la vie ! Vanités de Pompéi à Damien Hirst ».
Jusqu’à sa mort en janvier 2009, Dina Vierny n’a cessé de se passionner pour l’art, de voyager à la découverte de nouveaux talents. Celle qui a côtoyé tant d’artistes, écrivains, hommes politiques nous dit pourtant simplement : « la vie est faite de hasards et la mienne l’a été tout particulièrement »… « Oh, j’ai eu une vie tout à fait normale. Je suis une femme normale. J’ai eu des passions. J’ai aimé, j’ai été aimée… »
Journal : 1942-1944 / Hélène Berr, préface de Patrick Modiano, suivi de Hélène Berr, une vie confisquée, par Mariette Job.. - Paris : Taillandier, 2008.
« Une jeune fille marche dans le Paris de 1942. Et comme elle éprouvait dès le printemps de cette année-là une inquiétude et un pressentiment, elle a commencé d’écrire un journal en avril. Plus d’un demi-siècle s’est écoulé depuis, mais nous sommes, à chaque page, avec elle, au présent. Elle qui se sentait parfois si seule dans le Paris de l’Occupation, nous l’accompagnons jour après jour. Sa voix est si proche, dans le silence de ce Paris-là… ». Ainsi commence la préface de Patrick Modiano, ou plutôt l’hommage délicat qu’il rend à Hélène Berr, cette jeune fille juive, déportée à Auschwitz, morte à Bergen-Belsen en 1945 et dont « le courage, la droiture et la limpidité de son cœur » lui évoquent le vers de Rimbaud :
Par délicatesse
J’ai perdu ma vie.
Brillante étudiante d’anglais et mélomane, Hélène Berr a 21 ans quand elle commence son journal le 7 avril 1942. Quelques jours après elle rencontre à la Sorbonne, Jean Morawiecki, futur diplomate, avec qui elle noue une relation complice et amoureuse. Il quitte la France pour rejoindre les Forces françaises libres en Afrique du Nord. Dès lors c’est à lui qu’elle dédie son journal qui s’achève le 15 février 1944.
D’une grande sensibilité, truffé de citations, ce formidable témoignage constitue à la fois une source de première main pour les historiens et une œuvre littéraire remarquable.
Hélène Berr fait preuve à la fois d’une grande lucidité et d’une formidable envie de vivre. Elle veut écrire les faits pour ne pas les oublier et parce qu’il faut que les autres sachent. Se mêlent récits de drames et scènes de vie quotidienne : déambulations dans le Quartier latin, lectures, écoute et pratique de la musique classique, rendez-vous avec des amis, mais aussi port de l’étoile jaune, lois raciales et interdiction de prétendre à l’agrégation, incompréhension des non-juifs, arrestation de son père (qu’on parvient à sortir de Drancy moyennant rançon), bénévolat à l’Union générale des israélites de France où elle se dévoue aux orphelins juifs…
Confié à une fidèle employée de maison avant la déportation, le journal d’Hélène Berr lui survivra. Sa publication, en 2008, résulte de la volonté de Mariette Job, sa nièce, qui, connaissant son existence par des copies circulant dans la famille, a retrouvé l’original remis, après la mort d’Hélène Berr et selon son voeu, par son frère Jacques à Jean Morawiecki, le fiancé.
Ce document poignant et exceptionnel est déposé depuis 2002 au Mémorial de la Shoah où une vitrine lui est consacrée ainsi qu’à l’histoire de la famille Berr.
Fille de Raymond Berr, vice-président de l’entreprise Kuhlmann, Hélène Berr est née le 27 mars 1921 à Paris. Elle est arrêtée en mars 1944 avec ses parents dans leur appartement, transférée vers Drancy puis déportée avec eux à Auschwitz où ils meurent. Seule Hélène survit plus d’un an avant d’être évacuée à Bergen-Belsen où elle meurt à son tour du typhus et des mauvais traitements quelques jours avant la libération du camp par les Anglais.
Disponible à la bibliothèque des adultes et au bibliobus.
LA COLERE DE LA MONTAGNE AU PETIT MATIN / JOËLLE CUVILLIEZ.- EDITIONS RHUBARBE, 2009
Fathi, tunisien d’une vingtaine d’années, issu d’une famille de sept enfants, réside dans un quartier populaire et regarde son pays avec amertume. Trop de souffrances jalonnent son quotidien : les humiliations d’un père intraitable, l’hiver glacial et l’été brûlant sans aucun confort moderne, le travail à l’usine et la loi du plus fort, la condition féminine…
Une seule issue pour échapper à cette vie trop dure : rejoindre la France.
Et nous voilà partis dans le bouillonnement de ce voyage initiatique, où le rejet du pays d’origine est omniprésent, mais ponctué d’événements drôles et hauts en couleur.
Loin des catalogues pour touristes, l’auteur évite l’écueil du misérabilisme et nous imprègne de la Tunisie d’aujourd’hui. Au passage, elle ne se prive pas pour dénoncer la façon de penser des Français, car « même au pays des Lumières, il y a parfois des pannes d’électricité ». Et ce n’est pas le cousin Moustafa qui dira le contraire !
Le langage vif et rythmé, illustré d’expressions arabes palpables, donne au récit toute sa dimension.
L’auteur, Joëlle CUVILLIEZ, a été professeur d’arabe en Tunisie et journaliste en banlieue parisienne. Elle adore voyager et dit d’elle-même qu’elle « aime (dans le désordre) écrire, lire, parler ».
Au final, on ne fait qu’une bouchée de ce roman, et les éditions Rhubarbe ne s’y sont pas trompées en intégrant ce texte dans leur « potager littéraire ».
Il fait d’ailleurs partie des livres sélectionnés par le Prix littéraire des lycéens et apprentis de Bourgogne, saison 2009/2010.
Lestat le vampire par Anne Rice
XVIIIème siècle. Lestat de Lioncourt est un jeune homme de 20 ans, appartenant à la noblesse auvergnate. Beau, courageux, passionné, gracieux, épris de liberté, il quitte sa famille pour Paris où il se fait mordre par un puissant vampire, qui, avant de disparaître dans les flammes, lui lègue toutes ses richesses.
Devenu une créature de la nuit, il découvre sa nouvelle nature, appréhende son nouveau corps, adapte son mode de vie. Mais il refuse les traditions de ses frères, s’affiche en public, fréquente les humains, créé un scandale au théâtre… ce qui lui attire les foudres de sa communauté. Un soir, il sauve sa mère mourante en la vampirisant à son tour…encore une loi bafouée, une de trop : ils quittent Paris, puis se séparent.
Le voyage commence à travers les pays et les siècles, le séduisant vampire multipliant les rencontres improbables et les aventures extravagantes, toujours prêt à s’affranchir des règles… il est aux vampires ce qu’il était aux humains : insoumis et rebelle.
Lestat le Vampire, paru en 1985, revient donc dans une nouvelle édition. L’écriture est riche, la langue soutenue, l’histoire immersive. Grisante sensation que de suivre une telle créature, lire ses pensées, ressentir ses émotions extrêmes et torturées…
C’est le deuxième volume des Chroniques des Vampires, la suite d’Entretien avec un vampire, adapté au cinéma en 1994 par Neil Jordan : souvenez-vous, Lestat y hantait déjà les nuits de la Nouvelle Orléans, incarné par… Tom Cruise !
La grande encyclopédie de la paix
La grande encyclopédie de la paix
Isabelle Bournier, Marc Pottier
Ed. Casterman, Caen Mémorial
En ces temps mouvementés, sensibiliser les enfants sur cette notion, souvent abstraite, n’est pas vain.
Elargir leur vision, leur expliquer que la paix n’est pas uniquement l’absence de guerres est aussi une tentative de lutte.
Lutter pour la paix, c’est lutter contre les violences et souffrances faites aux hommes, la violence des armes, la destruction de la nature, l’absence de démocratie, le racisme, l’exclusion des femmes, la pauvreté…
Il est de notre devoir d’expliquer aux jeunes générations qu’il est urgent que chacun se sente concerné, même si le chemin de la paix est semé d’embûches.
Cet ouvrage parvient, par une présentation attractive illustrée de photos, enrichit de courts textes, à mesurer l’urgence à relever ce défi. Il s’organise en 4 grands chapitres : la paix dans l’Histoire, les actions pour la paix, ses différents symboles et lieux, et, pour finir, un état des lieux aujourd’hui.
De plus, pour compléter cette approche, sont ajoutées une chronologie et la liste des prix Nobel de la paix.
Ce livre s’adresse aux enfants à partir de 9 ans et permet un véritable échange avec les parents.
Comme le dit Elie Wiesel, prix Nobel de la paix : « la paix n’est pas un cadeau que dieu fait aux hommes, c’est un cadeau que les hommes se font eux-mêmes ».
Un livre, un mois : Courlande, Jean-Paul kauffmann, éditions Fayard, 2009
Journaliste au Matin de Paris, puis à L’Evènement du Jeudi, écrivain (« L’Arche des Kerguelen »-1993, « La Chambre noire de Longwood »-1997), Jean-Paul Kauffmann s’est vu décerner le Prix de la langue française 2009 pour l’ensemble de son œuvre.
« Courlande » ! Il est des mots qui font parfois ressurgir du plus profond de notre mémoire certains souvenirs … Lorsqu’un ami journaliste lui propose de partir en reportage dans cette province de Lettonie, Jean-Paul Kauffmann saisit l’occasion de réaliser un vieux rêve : aller à la découverte du pays d’origine d’un amour de jeunesse rencontré lors de ses études universitaires au Québec.
C’est ainsi que, muni d’un bon bagage littéraire et historique, l’auteur, en compagnie de son épouse, part visiter cette contrée « mystérieuse », peuplée de châteaux en ruine, de lacs, d’immenses forêts et de plages désertes.
Chaque étape nous plonge dans des réminiscences historiques nombreuses (Chevaliers teutoniques, exil du futur roi de France Louis XVIII, occupation russe puis soviétique, guerres mondiales, …).
Pourtant les multiples rencontres de notre Français avec des personnages cocasses, ses descriptions de « petits riens », redonnent vie à ce « pays de nulle part et d’ailleurs ».
Cette promenade où l’érudition se mêle à l’humour et à une très grande sensibilité, réussit à laisser le lecteur sous le charme.
Journaliste au Matin de Paris, puis à L’Evènement du Jeudi, écrivain (« L’Arche des Kerguelen »-1993, « La Chambre noire de Longwood »-1997), Jean-Paul Kauffmann s’est vu décerner le Prix de la langue française 2009 pour l’ensemble de son œuvre.
« Courlande » ! Il est des mots qui font parfois ressurgir du plus profond de notre mémoire certains souvenirs … Lorsqu’un ami journaliste lui propose de partir en reportage dans cette province de Lettonie, Jean-Paul Kauffmann saisit l’occasion de réaliser un vieux rêve : aller à la découverte du pays d’origine d’un amour de jeunesse rencontré lors de ses études universitaires au Québec.
C’est ainsi que, muni d’un bon bagage littéraire et historique, l’auteur, en compagnie de son épouse, part visiter cette contrée « mystérieuse », peuplée de châteaux en ruine, de lacs, d’immenses forêts et de plages désertes.
Chaque étape nous plonge dans des réminiscences historiques nombreuses (Chevaliers teutoniques, exil du futur roi de France Louis XVIII, occupation russe puis soviétique, guerres mondiales, …).
Pourtant les multiples rencontres de notre Français avec des personnages cocasses, ses descriptions de « petits riens », redonnent vie à ce « pays de nulle part et d’ailleurs ».
Cette promenade où l’érudition se mêle à l’humour et à une très grande sensibilité, réussit à laisser le lecteur sous le charme.
La route des abbayes en Bourgogne
Texte : Frédéric Barbut - Photographie : Alain Parinet - Edtions Ouest-France
Bourgogne, terre monastique, berceau de l'ordre de Cluny et de Cîteaux, attire les pèlerins et voyageurs depuis le Moyen Age jusqu'à nos jours. La vie spirituelle s'y développe encore avec la fondation des nouvelles communautés que sont Taizé et le centre tibétain de Kagyu-Ling.
Ce documentaire propose la découverte d'un riche patrimoine spirituel, culturel et architectural, où l'harmonie de l'art roman et de l'art gothique est au service de la foi.
Cette lecture éclaire l'histoire de la Bourgogne du 5ème siècle avec les premières fondations monastiques par Germain évêque d'Auxerre, en passant par l'ordre de Cluny au 10ème siècle dont l'influence et l'expansion seront européennes avant son déclin au 12ème siècle.
La fondation de Cîteaux, en 1098, puis de ses abbayes-filles que seront La Ferté, Pontigny, Clairvaux, Morimont, répond quant à elle aux attentes des moines désireux de vivre l'observance stricte de la règle de Saint Benoît.
Découverte historique de ces nombreux monastères, abbayes et prieurés bénédictins, cisterciens, de l'ordre des Chartreux, ou des Prémontrés.
Toutes ces fondations monastiques verront se succéder durant des siècles, guerres, épidémies, massacres, révolutions et lois anticléricales, provoquant la destruction partielle ou totale des bâtiments et parfois l'exil temporaire des communautés religieuses.
Ce sera la notion de "monuments historiques" et celle de "patrimoine" qui, au 19ème siècle, permettront la restauration de plusieurs de ces édifices, mais tous ne retrouveront pas leur fonction première.
Les textes et les illustrations de cet ouvrage offrent aux lecteurs en quête de paix intérieure, de beauté, de découvertes architecturales et historiques, quelques itinéraires bourguignons vers ces lieux de silence et de recueillement où la spiritualité s'inscrit dans la pierre.
Des myrtilles dans la yourte de Sarah Dars - Ed. Philippe Picquier, 2009
Deux Américains débarquent en Mongolie pour une partie de chasse aux antilopes saïga. Mais le gibier ne se montre pas, les conditions de vie dans la nature sont difficiles et les relations entre les chasseurs et leurs guides locaux se détériorent. Un matin, un des touristes a disparu.
C'est à l'inspecteur Yesügei que l'on confie la tâche de le retrouver. Car ce policier, amateur de filles et d'alcool, a grandi dans les steppes. C'est un chasseur né, capable de suivre la piste la plus ténue. Il connaît son pays et il est sans doute le seul à pouvoir interpréter les symboles des ancêtres, les paroles des chamans et à entendre ce que chaque lieu veut bien lui raconter. Avec pour seul fil conducteur, une poignée de myrtilles et pour scène de crime, les vastes étendues de la Mongolie, cette enquête est passionnante.
Sarah Dars, qui a séjourné en Mongolie, raconte avec beaucoup de finesse et d'humour comment le modernisme et les traditions se heurtent dans ce pays où certains vivent encore en nomades. Elle décrit des paysages superbes, l'immensité des steppes, la vie sous les yourtes, les chevaux, la grandeur et la fierté d'un peuple. Et c'est aussi avec sensibilité qu'elle rappelle les tentatives de la Chine et de la Russie de s'implanter sur cette terre ancestrale convoitée aujourd'hui pour ses ressources naturelles.
Un très bon roman à lire autant pour le dépaysement que pour l'intrigue.
Tu seras libre ! de Dominiques Torrès - Ed. Bayard Jeunesse
De nos jours, au Niger, Amsy et sa famille sont les esclaves d'une famille de Touaregs. Dès le petit jour, Amsy se lève pour effectuer ses tâches puis continue toute la journée à servir ses maîtres. Pour lui, c'est normal ; on lui a dit que c'était dans l'ordre des choses, et voulu par Dieu. D'ailleurs, il n'a jamais connu autre chose. Pourtant, il n'est pas heureux mais révolté contre ses maîtres qui ne veulent pas dire où ils ont emmené sa grande soeur, Assibit. Heureusement, le fils de ses maîtres, Seydi, est comme un frère pour lui. Un matin, alors qu'Amsy ramasse du bois, un inconnu lui propose de l'emmener à la ville où il pourra vivre librement. Il lui explique que l'esclavage est interdit par la loi mais Amsy, comme il le dit lui-même, ne connaît que la loi de ses maîtres. Mohamed, l'inconnu, lui aussi a été esclave. Il dit à Amsy qu'il pourrait même aller à l'école comme les garçons touaregs. Après mûe réflexion, celui-ci accepte la proposition de Mouhamed et part avec lui. Il découvre une nouvelle vie, non sans heurts. Mail il n'oublie pas sa famille pour autant et avec l'aide de Mouhamed, il tente de libérer ses parents du joug de leurs maîtres en les dénonçant aux gendarmes. Un procès doit avoir lieu.
Ce roman, écrit par un grand reporter de télévision et spécialiste de l'esclavage moderne, nous montre que l'asservissement existe encore dans certains pays même si des lois sont votées pour l'interdire. Les traditions ont parfois plus de poids que les textes officiels.
A partir de 9 ans.
Pic de Roland Smith
Traduit de l'anglais (américain) par alice Delarbre - Editions du seuil, 2009 - Cote : R SMI - A partir de 14 ans.
Pic Marcello est un adolescent qui n'a pas froid aux yeux ! Il n'a également pas le choix. Soit il accompagne son père en Thaïlande placé sous sa garde surveillée soit il est incarcéré. A New York, on ne plaisante pas avec les grimpeurs qui escaladent les gratte-ciels.
Il n'a pas revu son père, Joshua Wood, depuis sept années. Un parfait inconnu. Mais "Josh", alpiniste chevronné, gérant d'une agence de voyages d'aventure "Pic extrême" et terriblement imprévisible, lui réserve une surprise de taille : un plan de vol inattendu avec arrêt à Katmandou. Pic n'en revient pas, "pour un grimpeur, passer par l'Everest, c'est comme aller saluer Dieu".
Il découvre dans cette aventure périlleuse que pour gagner la cime la plus élevée à 8850 mètres, cela peut prendre deux mois car le corps doit s'acclimater lentement à la raréfaction de l'oxygène en hauteur.
Pic connaît également une grande déception quand il comprend que son père est endetté. "Josh" a l'intention de conduire son fils de quatorze ans au sommet de l'Everest et faire bénéficier son entreprise de retombées financières engendrées par cet évènement médiatique. Mais son projet est contrecarré par les autorités chinoises qui exercent un contrôle zélé auprès des grimpeurs. En effet, la Chine rêve aussi qu'un adolescent chinois accomplisse cet exploit.
Aussi, Pic parviendra-t'il à leur échapper et à atteindre le toit du monde ?
Douleur de peau de Aysseline de Lardemelle
Presses de la Renaissance, 2008
Née d'une famille aristocrate et catholique, dans un immense château de brique et de pierre, Aysseline de Lardemelle découvre le monde à travers un cadre protecteur et dans un milieu très codifié.
Entourée de parents et de frères et soeur aimants, la fillette grandit loin des réalités de la vie.
Cependant, en toute saison des personnes en détresse : jeunes en difficultés, enfants de la Ddass... aident dans la propriété et l'été de nombreux étudiants étrangers découvrent un lieu idéal pour se perfectionner en français.
Devenue adolescente Aysseline prend de plus en plus conscience de la spécificité de son milieu et du fossé qui la sépare des autres.
Voulant s'affranchir, elle part à 23 ans suivre un stage au centre culturel français de Saint-Louis au Sénégal.
C'est la découverte d'un autre monde, l'expérience de la liberté.
Séduite par la gentillesse et la simplicité de ses nouveaux amis africains la jeune femme s'épanouie et rencontre Souleymane. Informée de cet amour, la famille de la jeune femme refuse d'en entendre parler.
Ce récit authentique témoigne avec une grande honnêteté de la relation très profonde qui se noue entre les deux jeunes gens. Un apprentissage douloureux, véritable parcours initiatique qui révèle toute la difficulté d'accepter l'autre dans sa différence.
L'identique et le différent de Françoise Héritier
Entretiens avec Caroline Broué. Ed. de l'Aube, 2008.
Née en 1933, Françoise Héritier est élue en 1982 au Collège de France, à la chaire d'Etudes comparées des sociétés africaines, qu'elle occupera jusqu'en 1999. Auparavant, elle a mené des recherches d'ethnologie sur le terrain en s'attachant à l'analyse des systèmes de parenté et d'alliance. Anthropologue et disciple de Claude Lévy-Strauss, elle pense que "ce sont des thèmes essentiels pour la compréhension et le fonctionnement d'une société".
Ses travaux sur la différence des sexes, dans toutes les cultures et à toutes les époques, vont la conduire à constater l'universalité de la domination masculine (en droit et en valeur) et à en décrypter l'origine.
Dans le prolongement de ses réflexions sur les rapports entre les sexes, l'inceste, la famille, la violence et même les substances corporelles, Françoise Héritier s'est impliquée en tant qu'expert dans les débats du monde contemporain pour combattre toutes formes de hiérarchies jugées très archaïques.
Elle a écrit une dizaine d'ouvrages et de très nombreux articles.
Malgré l'absence de bibliographie, ce petit livre d'entretiens est une excellente introduction au parcours et à l'oeuvre de cette brillante intellectuelle, également "anthropologue dans la cité".
L'oiseau moqueur et autres nouvelles de Jean Rhys
Paris : Denoël, 2008
On croyait close l'oeuvre de Jean Rhys et voici que sont éditées dix-huit nouvelles écrites entre 1960 et 1978, traduites par Jacques Tournier et précédées d'une excellente préface de Christine Jordis.
Cet "oiseau moqueur" réunit les thématiques chères à l'auteur, Paris et ses cafés, Vienne, les Caraïbes, l'exil... et surtout des portraits de femmes, héroïnes écorchées par l'existence et portant toutes un morceau de vie de cet écrivain né aux Antilles d'un père anglais et d'une mère créole.
Comme dans tous ses livres, Jean Rhys parle d'elle-même, de la peur, de l'indifférence d'autrui, de la presque folie, des amours difficiles et des refuges de l'alcool. Tout cela dans une écriture faite d'ellipses et de mots simples, mariant désespoir et humour, un style qui, dans ces histoires brèves et poignantes, exprime au plus près la vérité de l'émotion.
Difficile en effet de ne pas être ému à la lecture de ces pages écrites par une femme souvent définie comme un être en marge d'une époque et d'une culture qu'elle dérange, celles des dernières années du colonialisme britannique. Son regard critique et son immense talent, alliant justesse du trait et sens aigu du tragique, transforment ces "petites histoires" en histoires universelles. En refermant le livre, on sait qu'elles parlent aussi de nous-mêmes.
Disponible à la bibliothèque des adultes.
Jean Rhys (1890-1979) émigre en Europe à l'âge de 17 ans : elle rejoint d'abord Londres puis mène une vie de bohème et voyage en Autriche et en France avant de s'installer à Paris. Elle écrit dans les années 30 et après un long silence, connaît le succès avec son livre majeur : La Prisonnière des Sargasses publié en 1966.
Aya de Yopougon de Marguerite Abouet, dessins de Clément Oubrerie
Gallimard, 2005. Tome 1 - Prix du 1er album au Festival international de la bande dessinée d'Angoulême 2006.
C'est à "Yop City", quartier populaire de la capitale ivoirienne que nous rencontrons Aya, 19 ans, entourée de sa famille et de ses amis, dans une ambiance vitaminée.
Les rues animées sont le cadre de chroniques de vies, où les gens pleurent, se brouillent et se réconcillient.
Et pendant qu'Aya ambitionne de faire médecine, ses copines, elles, font la chasse au mari en gazant au "ça va chauffer".
Dans un langage mêlé de français et de langues locales, les femmes ne mâchent pas leurs mots, et les hommes leur courent après.
Bien loin de l'image fabriquée par les médias, sans les clichés de la guerre et de la famine, l'auteur raconte l'Afrique de son enfance et nous donne quelques clés pour mieux connaître la culture africaine.
Vous retrouverez à la fin de chaque volume le bonus ivoirien, qui vous donnera une leçon de roulement de fesses, ou vous expliquera comment ajuster son pagne à la taille ou sur la tête.
Pleins d'humour, de fraîcheur et de jolies filles, les 4 tomes d'"Aya de Yopougon" sont un remède contre le froid de cet hiver. Alors n'hésitez plus, et rejoignez Aya en Côte d'Ivoire.
Auteur : Marguerite Abouet, née à Abidjan en 1971.
Dessinateur : Clément Oubrerie, né à Paris en 1966.
Islam et Chrétienté - Deux siècles de guerre (1095-1270) de Bruno Lagrange
Editions de Lodi, Paris, 2006
Le Pape Urbain II a plusieurs objectifs lorsqu'il prêche la croisade lors du Concile de Clermont en 1095 : secourir les Chrétiens d'Orient menacés par les Turcs, venir en aide aux pèlerins qui ne sont pas en sécurité sur la route de Jérusalem et libérer les lieux saints comme cette dernière. Certains affirment qu'il s'agissait aussi de mettre fin aux querelles et violences internes de l'Occident médiéval, en proposant un idéal derrière lequel les belligérants pourraient se regrouper.
De 1095 à 1270 ce sont donc près de 200 ans d'affrontements entre l'Orient et l'Occident, entre chrétiens et musulmans, qui sont racontés dans ce livre, précédés d'un bref historique de la naissance et de l'expansion de l'Islam, depuis le VIIème siècle jusqu'à la première croisade. Mais l'ouvrage vaut davantage par son iconographie que par ses textes, par une approche ilustrée plutôt que scientifique. Manuscrits, enluminures, vitraux, photographies de monuments et de lieux emblématiques sont reproduits ici avec une qualité éditoriale de très bonne facture. Ils donnent un relief particulier aux événements décrits et mettent en valeur leurs différentes interprétations en fonction des époques, du regard des artistes, du mode d'expression.
On notera par exemple une splendide représentation par le Tintoret de la prise aux Hongrois de la ville de Zara par les croisés (Palais des Doges de Venise), une esquisse de la prise de Constantinople par Delacroix, des gravures et enluminures de la prise d'Antioche, un portrait de Saint Louis par le Gréco ou encore une photographie du portail d'entrée de la mosquée des Ommeyades à Damas.
Roselle, la petite oie rebelle de Jean-Pierre Kerloc'h, illustrations d'Isabelle Charly
Ed. Vilo Jeunesse (Paris, octobre 2008)
Cinq petites oies vinrent au monde un jour de printemps. "La dernière à pointer son bec se nommera Roselle", décida Mère l'oie sauvage. Les semaines passèrent, les oiselles s'essayaient à voler plus haut, plus loin, plus longtemps. Un matin d'automne, elles comprirent que le grand jour était arrivé : celui de l'envolée vers les pays du Sud. Alors qu'elles s'approchaient de la mer, les oies entendirent plusieurs détonations. Une tache rouge éclata sur le ventre blanc de Mère l'oie. "Sauvez-vous vers la mer", cria-t-elle ! Les jeunes oies auraient voulu voler à son secours, mais il leur fallait obéir. Le coeur déchiré par la peur et le chagrin, elles battirent des ailes plus fort encore. La nuit commençant à tomber, elles attérrirent sur une plage pour souffler un peu. Là, elles furent capturées par un fermier. La petite oie Roselle et ses soeurs se retrouvèrent dans une cage avec des dizaines d'oies blanches fort dodues. Toutes les oies bien nourries et diverties par la télé s'adaptèrent à leur nouvelle vie, toutes... sauf Roselle. Elle était persuadée que quelque chose ne tournait pas rond. Comment la petite oie rebelle ve-t-elle convaincre ses soeurs qui se complaisent dans cette prison dorée ?...
Pour lecteurs débutants à partir de 6 ans.
Un livre un mois